12 juillet 2017

« J’avais l’idée qu’en accrochant des tableaux d’Aoki ou de Fujishima à côté de leurs modèles français, ils se compléteraient et brilleraient encore davantage »

Shôjirô Ishibashi (1889-1976), fondateur du Bridgestone Museum of Art de Tokyo et de Ishibashi Foundation

Le Bridgestone Museum of Art créé en 1952 par Shojiro Ishibashi est le premier lieu à Tokyo offrant au public l’opportunité d’apprécier l’art français et plus généralement occidental, de façon permanente.
Constitué à partir de la collection privée de la Fondation Ishibashi, il compte actuellement plus de 2600 œuvres datant du XIXe et XXe siècle.

La collection Ishibashi

L’ambition altruiste de Shôjiro Ishibashi l’amena à créer la Fondation Ishibashi en 1956, afin de pérenniser son nouveau musée.
La peinture moderne japonaise de style occidental dite « yôga » fait office des premières acquisitions de la collection. Le style « yôga » qui signifie « peinture occidentale », est introduit au Japon après la Restauration de Meiji en 1868 et se diffuse largement au XXe siècle. Développant les techniques et motifs de la peinture à l’huile, il est l’opposé de la peinture traditionnelle japonaise, le style « nihonga ».
Reflet de la continuité de ces échanges artistiques franco-japonais, le style « yôga » apparaît au Japon au début du XXe siècle, alors même que la vague du japonisme s’estompe en France et dans le reste de l’Europe.
A l’image des peintres de renom comme Van Gogh ou Edouard Manet qui collectionnaient des estampes japonaises dans le style « ukiyo-e » (« images du monde flottant »), Shojiro Ishibashi acquit ses premières peintures « yôga » dès 1920. Parmi ces dernières, figure notamment les œuvres de Shigeru Aoki un des plus célèbres représentants du genre « yôga » en vogue à cette époque, ainsi que celles de Takeji Fujishima et Hanjirô Sakamoto, deux autres figures très présentes dans la collection
Très vite, Shôjirô Ishibashi développa une prédilection pour les impressionnistes et ajouta aux côtés des artistes « yôga » des toiles de Monet, Renoir, Pissarro, Sisley ou encore Manet.

Le musée Bridgestone

L’homme d’affaire Shôjirô Ishibashi, fondateur de l’entreprise de pneumatiques Bridgestone Corporation, se passionna pour l’art au cours de ses activités industrielles, passion qu’il souhaitait étendre et partager avec sa famille comme avec le grand public. Son fils Kan’ichirô et son petit-fils Hiroshi deviennent successivement les administrateurs de la fondation, en enrichissant la collection d’œuvres modernes, figuratives et abstraites avec des artistes comme Mondrian, Pollock ou encore Soulages.
Une passion qui lui survivra donc et qui prospère aujourd’hui depuis plus de 60 ans.
En fondant le musée Bridgestone, Shôjirô Ishibashi a ainsi pu contribuer au rayonnement culturel et éducatif du Japon et participer à sa modernisation.

Tokyo-Paris / Paris-Tokyo

A l’occasion de la rénovation du bâtiment qui ouvrira à nouveau ses portes à Tokyo en automne 2019, la collection « fait escale » au Musée de l’Orangerie à Paris jusqu’au 21 août 2017.
De l’impressionnisme et postimpressionnisme aux modernes en passant par le figuratif, les chefs-d’œuvre qui y sont exposés retracent chronologiquement et thématiquement l’engouement des arts occidentaux pour lesquels se passionnent la famille Ishibashi.
Si Shôjirô Ishibashi désirait principalement rendre hommage aux peintres japonais, ses acquisitions témoignent également de l’intérêt fleurissant du Japon pour les arts et notamment pour la peinture française dès le début du XXe siècle.
L’exposition « Tokyo-Paris Chefs-d’œuvre du Bridgestone Museum of Art, Collection Ishibashi Foundation », exceptionnellement accueillie au Musée de l’Orangerie, offre un réel jeu de miroir : celui des syncrétismes entre des cultures artistiques bien distinctes et avant tout celui d’un engouement personnel pour l’art ; le musée de l’Orangerie étant lui-même né de la collection privée du français Jean Walter-Paul Guillaume, amateur d’art du XIX-XXe siècle.

 « Les âmes en résonance »

A l’issu de cette traversée à la jonction des arts interculturels du berceau parisien jusqu’à Tokyo, l’exposition invite les spectateurs à faire cas de la réception des œuvres occidentales par le public japonais.
Cette fenêtre sur les arts occidentaux que représente la Fondation Ishibashi, est le reflet d’une influence mutuelle effervescente entre le Japon et la France qui enrichit depuis bientôt 160 ans leurs relations amicales et diplomatiques.
A l’aube de « Japonismes 2018 : les âmes en résonance », cette manifestation culturelle s’inscrit donc parfaitement dans la continuité des échanges franco-japonais futurs.