19 août 2016

Deux navires-école japonais en escale à Brest pour le centenaire du naufrage du Nagatamaru

Ils ont quitté Tokyo le 20 mai 2016 et seront de retour au Japon en novembre prochain. Entre ces deux dates, un voyage de 169 jours, 31 000 milles marins parcourus (soit environ 57 000 km), 13 pays et 16 ports visités, dont une escale à Brest du 29 juillet au 2 août. Tel est en résumé le programme pour les participants à la campagne d’application navale 2016. Son objectif ? Parfaire la formation des nouveaux officiers des Forces Maritimes d’Autodéfense du Japon, qui comptent une cinquantaine de bâtiments navals.

A Brest, ce sont ainsi 500 marins, dont plus de 130 élèves officiers, qui ont accosté à bord du destroyer Asagiri et du navire-école Setoyuki. Temps fort de leur séjour breton le 30 juillet 2016 : une cérémonie à Kerfautras -le plus grand cimetière de la ville-, pour célébrer le centenaire d’un événement peu connu de la Première Guerre mondiale.

A proximité du carré militaire, où reposent près de 1 500 combattants des deux guerres mondiales -français et allemands pour la plupart-, cinq croix portent l’inscription « Nagatamaru » : Les sépultures de cinq marins japonais, qui faisaient partie de l’équipage d’un bateau de commerce coulé par un sous-marin allemand en novembre 1916.

Durant la Première Guerre mondiale, le Japon et la France étaient alliés et le Nagatamaru avait quitté Kobé le 4 septembre 1916 pour ravitailler la France en riz. Mission périlleuse car, comme l’a rappelé le sous-préfet de Brest Ivan Bouchier dans son discours, « il fallait composer en permanence avec les sous-marins et les mines de la marine allemande qui avait déclaré les eaux de la Manche et de l’Atlantique zone de guerre ». A son bord, un équipage de 50 personnes. Le 30 novembre, lors de l’attaque -à 40 miles au nord-ouest de l’île d’Ouessant-, deux membres d’équipage ont disparu en mer, 39 autres ont survécu et 9 ont été blessés, dont 5 ont finalement perdu la vie puis été inhumés au cimetière de Kerfautras.

C’est en 2014, lors des célébrations du centenaire de la Première Guerre mondiale, que s’est tenue à Brest pour la première fois une cérémonie en hommage à l’équipage du Nagatamaru, organisée par l’association locale « Aux Marins » qui fait vivre la mémoire des marins morts pour la France.

« Nos deux pays ont le même respect des morts et nous avons des valeurs communes » souligne Pierre Léaustic, qui dirige l’association. « Cet hommage montre la solidité des liens entre nos deux pays et m’encourage à les renforcer » avait déclaré, comme en écho, Saitô Jun, ministre auprès de l’ambassade du Japon en France, présent lors de la cérémonie en 2014.

La célébration du centenaire en 2016 comptait un autre invité de marque en la personne de Hiroaki Nagata, arrière-petit-fils du propriétaire du Nagatamaru, invité par l’association Le Souvenir Français dont la principale mission est, comme l’a souligné Denise Guiavarch, déléguée de l’association pour le Finistère, « se souvenir… ne jamais oublier celles et ceux qui ont donné leur vie pour la France ». A l’image des cinq marins japonais enterrés à Kerfautras, qui « ont perdu la vie en contribuant à approvisionner une France qui sans aides extérieures n’aurait pu tenir face à l’ennemi (sous-préfet Bouchier) ».

Devant la presse japonaise présente, Hiroaki Nagata a déclaré « avoir ressenti le lien véritable qui uni le Japon et la France à travers l’importance qu’ils accordent à honorer leurs morts et leurs ancêtres. J’exprime ma profonde gratitude au peuple français ».

 

Liens :

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2016/05/25/deux-batiments-japonais-en-escale-a-brest-fin-juillet-16243.html

http://zoomjapon.info/2015/11/archives-pdf/numero-55-novembre-2015/